
Rester vigilant
2008, crise des subprimes.
La crise de 2008 a été essentiellement une crise financière et bancaire. A l’époque, des banques ont été sauvées de la faillite grâce à de l’argent public. D’aucuns diront que certaines ont remboursé ce qui leur avait été prêté. Certes. Mais c’est tout de même bien de l’argent public qui les a sauvées.
L’économie et la finance mondiale sont basées depuis les années 80 sur les dogmes de l’économie orthodoxe : « Il faut laisser faire les lois du marché mondialisé de la concurrence libre et non faussée. L’Etat doit être géré comme une entreprise, aussi, les services publics qui représentent un coût doivent être privatisés ».
Cependant, il semble que le « laisser faire » trouve vite ses limites. Comme on vient de le voir, des banques privées ont appelé à l’aide afin d’être renflouées par les Etats et des milliards sont régulièrement injectés depuis pour soutenir l’économie et la finance mondiale, sans grand succès.
Où vont tous ces milliards injectés ? Ils participent à financer la finance mondiale mais apparemment pas à financer les services publics. Pour preuve, la décrépitude de notre système de santé dont on s’aperçoit, un peu tard, qu’il fait cruellement défaut.
L’économie réelle a-t-elle bénéficié de ces injections de milliards ? Pas vraiment.
Des règles fortes ont-elles été mises en place pour réguler les marchés financiers et éviter qu’une telle crise se reproduise ? Pas vraiment.
Pour résumer, tout se passe comme si la devise de l’économie orthodoxe était : “nationaliser les pertes, privatiser les profits”.
2020, crise du Coronavirus.
Aujourd’hui, au contraire, la crise du Coronavirus touche directement l’économie réelle et, seulement par rebond, la finance. Les travailleurs confinés qui ne peuvent pas télétravailler obligent les entreprises à se mettre à l’arrêt. Et, effet domino oblige, d’autres entreprises se mettent à l’arrêt faute d’être approvisionnées par les premières et/ou faute de clients.
On constate aussi que, s’il est très efficace en temps normal, un système qui fonctionne à flux tendus, a fortiori délocalisés, se révèle extrêmement fragile si le moindre maillon de la chaîne vient à se rompre.
Une crise du type de celle qu’on traverse avec le Coronavirus est-elle exceptionnelle ? Oui.
Le sera-t-elle à l’avenir ? Non.
Autrement dit, il apparaît clairement que tous ceux qui continuent à travailler aujourd’hui, dans les services publics ou ailleurs (santé, transport, communication, énergie, alimentaire, …), loin d’être des coûts à réduire quoi qu’il en coûte pour leur entreprise ou la société dans son ensemble, sont indispensables au bien commun de leur pays. Les essentiels invisibles.
Des mesures exceptionnelles, prévues pour être temporaires, sont mises en place face à la crise du Coronavirus.
Après. Demain. MISE EN GARDE.
Nous avons compris que les erreurs qui ont conduit à la crise des subprimes de 2008 n’ont nullement été remises en causes. Nous n’avons pas vu de réglementations visant à éviter les dérives de la finance être mises en place.
A l’inverse, avec la crise du Coronavirus, nous voyons arriver des mesures exceptionnelles. Certaines doivent être temporaires comme évidemment le confinement.
Le président et son gouvernement semblent nous dire qu’ils ont compris leur erreur de ne pas avoir répondu aux revendications de nos services de santé : plus de lits, plus de personnel, plus de moyens. Mais c’est tout notre service public, tous nos essentiels invisibles, indispensables au bien commun de notre pays, qu’il va falloir prendre en compte désormais ! Ce ne sont pas les banques qui nous soignent.
Pour affronter les crises à venir de toutes sortes qui vont devenir plus fréquentes, il va falloir remettre en cause la fragilité intrinsèque de notre système politico-économique. Sa fragilité est dûe au fait que l’un de ses seuls objectifs, commun avec ceux des multinationales, est la maximisation du profit, via les coûts les plus bas possibles, les flux tendus, les délocalisations, privatisations, etc… Or, on ne peut se fixer un objectif qui, on l’a vu, fragilise notre société. C’est, au mieux, un moyen, mais pas une fin.
Il faudra donc être extrêmement vigilant.
- Extrêmement vigilant à ce que les mesures prévues pour être exceptionnelles ne s’éternisent pas.
- Extrêmement vigilant à ce que les mesures qui doivent être prises pour rectifier les erreurs des gouvernements passés et de l’actuel soient effectivement prises.
- Extrêmement vigilant à ce que, sous les éléments de langages les plus séduisants, le gouvernement n’essaie pas de faire repartir la machine à l’identique de l’avant crise.
- Extrêmement vigilant à ce que le pays se dote de garde-fous, politiques et économiques, pour éviter de réitérer les mêmes erreurs.
- Extrêmement vigilant à ce que cette crise nous serve de leçon face aux risques écologiques et climatiques colossaux qui pèsent sur nous dès aujourd’hui et pour longtemps.