

Que ceux qui auront déjà un jugement définitif sur cet ouvrage sans évidemment l’avoir lu passent leur chemin. Je m’adresse à ceux qui pensent que, derrière les apparences et les clichés simplistes qui peuvent fuser de part et d’autre, la réalité est quelque chose de plus compliquée.
Livre passionnant sur un sujet qui déchaîne les passions : la chasse. En France, les sondages d’opinions montrent qu’un peu plus de 80% de la population est plutôt hostile à la chasse. Quelle est le pourcentage de la population Française qui est végétarienne, végétalienne ou vegan ?
Cette différence est-elle si paradoxale ? Pas tant que cela si on considère l’ambivalence et la complexité des sentiments que l’on peut avoir vis-à-vis des animaux et du vivant. On peut être anti-chasse et manger de la viande, être chasseur et recueillir un petit animal dont la mère a été tuée accidentellement à la chasse, chasser et, parfois, ne pas être capable de tirer sur l’animal qu’on a en face de soi, manger du boeuf mais pas de cheval, manger du mouton mais pas de chien, maintenir son chien chouchouté en captivité et désocialisé de ses congénères, être végétarien et nourrir son chat de croquettes issues de l’élevage intensif et de l’abattage industriel.
Entre « Manger ce qu’on tue, tuer ce que l’on mange » et détourner le regard des souffrances animales qu’engendre l’industrialisation de l’élevage que la plupart délèguent opportunément, tous les paradoxes sont dans la nature.
C’est surtout plus généralement notre regard sur la nature, le sauvage et le vivant qui diverge énormément. Ce qui ne diverge pas entre animalistes et chasseurs en revanche, c’est un profond désir de sauvegarder ce qui peut l’être encore de biodiversité, même si les actions d’un groupe resteront probablement à jamais incompréhensible à l’autre. Et les caricatures, de part et d’autres, si faciles à partager en masse aujourd’hui sur les réseaux sociaux, n’aideront en rien.
Si les safaris semblent faire l’unanimité contre eux, même au sein des chasseurs, les populations de chasseurs-cueilleurs ne semblent pas attirer les foudres des animalistes, notamment du fait de leur aspect traditionnel et respectueux de leur territoire. De leur côté, les chasseurs ruraux Français veulent défendre leur traditions et leur territoires face aux intérêts financiers et globalisants quitte parfois à s’arc-bouter à l’extrême. Mais ne voir dans « les chasseurs » qu’une classe sociale ou un bord politique ne pourrait être plus fautif. Les patrons du CAC 40 qui pratiquent la chasse commerciale n’appartiennent pas vraiment aux mêmes milieux que ceux qui vont chasser en famille dans les territoires ruraux. Tous les chasseurs ne portent pas dans leur coeur leur représentant national.
De même, réduire les militants animalistes anti-chasse à des « « écolo-bobos » (?!) des grandes villes qui n’y connaissent rien » est tout à fait réducteur. Certains de ces militants sont issus des territoires ruraux, jeunes ou retraités, ouvriers ou scientifiques.
Cette enquête historique, quantitative, qualitative, ethnologique ne saura à l’évidence réconcilier tout le monde. En revanche, tout le monde qui souhaite protéger la biodiversité gagnerait à lire ce livre et faire un pas de côté tant les dangers qui menacent ne semblent finalement pas venir du camp adverse mais de la marche actuelle du monde. Animalistes et chasseurs ont peut-être bien plus d’intérêts en commun qu’ils ne le croient. Une lutte politique contre la marchandisation du monde.



